• Emmanuel Florac
    Emmanuel Florac
    2021-10-25

    Le baromètre Voltaire-Ipsos, publié lundi, révèle que 76 % des employeurs sont confrontés quotidiennement aux lacunes de leurs équipes, et que la qualité du français l’emporte désormais sur la connaissance de l’anglais dans les critères de recrutement.

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    Ecrire « développeur » avec un seul « p » sur son CV quand on postule réduit sérieusement les chances d’être embauché, même en période de pénurie de compétences high-tech. « On fait en sorte que les algorithmes comprennent un CV ou une offre d’emploi même avec un seul “p” ou deux “l” à “développeur” », relativise Thomas Allaire, responsable des données chez Hellowork, mais, au moment du choix final, le responsable des ressources humaines est moins tolérant que l’algorithme.

    Le baromètre Voltaire-Ipsos, publié lundi 25 octobre, révèle que, pour 86 % des recruteurs, la maîtrise de l’expression écrite et orale et de l’orthographe est devenue fondamentale, car les fautes des salariés coûtent trop cher à l’entreprise. « Soixante-seize pour cent des employeurs se trouvent confrontés quotidiennement aux lacunes de leurs équipes, avec des répercussions très importantes sur leur crédibilité et leur efficacité professionnelle et, par conséquent, sur la réputation, la productivité et même la performance financière des entreprises », fait valoir le baromètre Voltaire-Ipsos.

    Le français est même devenu un critère de sélection prioritaire sur l’anglais. Quatre-vingts pour cent des recruteurs écartent les candidats ayant une mauvaise qualité d’expression écrite française, quand seuls 30 % rejettent ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare. Réalisé auprès de 2 500 décideurs (RH, recruteurs, manageurs), interrogés en deux vagues en mai et en septembre, le baromètre Voltaire-Ipsos reflète les pratiques des entreprise de taille intermédiaire (ETI), et des petites et moyennes entreprises (PME) de plus de 50 salariés de tous secteurs.

    Les recruteurs ont toujours été attentifs au niveau de français. Dès 2011, une étude de Robert Half montrait que 82 % d’entre eux étaient sensibles à l’orthographe et que 35 % mettaient le CV à la corbeille à partir de trois fautes. Puis, en 2016, c’est dès la première faute d’orthographe dans le CV que le candidat était écarté, selon une étude de Christelle Martin-Lacroix, chercheuse de l’université de Toulon. Et, en 2021, l’évolution de carrière est menacée. « Pour plus de 80 % des employeurs, les fautes de grammaire ou de conjugaison sont rédhibitoires pour accorder une promotion », affirme le baromètre Voltaire-Ipsos.

    « Le niveau a fortement baissé »

    Et pourtant, les fautes se multiplient dans tous les documents. « Le niveau a fortement baissé ces dernières années, même à la sortie des meilleures écoles. Plus on progresse dans l’entreprise, plus la représentation est importante, et donc la forme. Beaucoup de dirigeants écrivent d’ailleurs plus souvent en anglais, non tant pour un lectorat non francophone que pour éviter des fautes », témoigne Emmanuel Dufour, responsable en recrutement de dirigeants chez Segalen & associés.

    L’enjeu pour les entreprises a été renforcé par l’essor du télétravail. « On demande de plus en plus de rapports écrits aux manageurs, aux commerciaux comme aux techniciens. Le besoin est prégnant sur la partie relations clients. Savoir être précis, concis, maîtriser des formats d’expression très courts, et le tout sans fautes, est devenu primordial », explique Mélanie Viénot, la présidente du Projet Voltaire. Entre le travail à distance et la numérisation des procédures, on écrit davantage et plus souvent. Pour preuve : 1,4 milliard d’e-mails sont envoyés chaque jour en France.

    Ce qui pose un problème de management pour corriger la situation entre les salariés qui s’inquiètent de ce que l’employeur sait de leurs faiblesses et ceux qui ne se sentent pas concernés, car ils pensent avoir une bonne maîtrise du français. « Quand vous niez une lacune, on ne peut pas l’améliorer », remarque Angélique Terreaux, responsable du développement RH et des relations sociales du laboratoire Aguettant.

    Mais comment aborder le sujet ? « Je ne sais plus quoi faire. Il est plutôt brillant, mais, quand il envoie un mail aux clients, je m’inquiète pour notre image. Malgré un bac + 5, il ne peut pas écrire trois lignes sans faire de fautes. Je ne sais ni comment lui en parler ni comment régler le problème », confie la directrice des ressources humaines d’une PME de services, qui a voulu garder l’anonymat. En effet, comment expliquer à un haut potentiel qu’il manque de compétences de base.

    L’image de l’entreprise

    Le top 10 des fautes d’orthographe au travail n’a pas vraiment changé : l’oubli des accords de genre ou de nombre, l’accord du participe passé, l’accent du « a » quand ce n’est pas l’auxiliaire avoir, la confusion entre le futur et le conditionnel… Autant de règles normalement apprises durant les premières années de la scolarité. « Il y a moins de gêne que par le passé à reprendre des cours de fondamentaux tellement le niveau général a baissé », pondère Emmanuel Dufour. Au laboratoire Aguettant, Angélique Terreaux a décidé de proposer un accès libre à un programme d’entraînement en ligne à l’ensemble des collaborateurs pour ne stigmatiser ni oublier personne.

    Car un mauvais français dégrade l’image de l’entreprise, mais potentiellement aussi la qualité des produits. Au laboratoire Aguettant, « on fabrique des médicaments ». « On écrit ce qu’on fait et on fait ce qu’on écrit. Dès lors qu’il y a un écart entre les procédures écrites et ce qui se passe réellement, on doit tout stopper et décrire ce qui s’est passé, afin de rectifier les procédures. De la clarté du message dépendra le résultat », décrit Angélique Terreaux.

    Si le recours à la certification d’orthographe n’est pas encore courant sur les CV, la formation des salariés en poste pour l’obtenir se répand, en revanche, doucement dans les entreprises. Le nombre de certifiés du Projet Voltaire est ainsi passé de 16 000 en 2014 à 65 000 en 2020, pour un total de 25,2 millions de salariés en France.

    La Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV), par exemple, qui avait constaté une certaine hétérogénéité de l’aisance rédactionnelle, a proposé aux 14 000 salariés de la CNAV et des Carsat de suivre le programme. « Il a remporté un franc succès auprès du tiers des salariés qui s’en sont volontairement emparés », assure Jérôme Friteau, qui l’a mis en place en tant que directeur des ressources humaines. La qualité du français écrit comme oral est désormais dans le top 5 des critères de recrutement, juste derrière la maîtrise des compétences techniques.

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  • gilles geirnaert
    gilles geirnaert
    2021-10-25

    Peut être faudrait-il poser le problème des heures de français en primaire et après !!

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  • Emmanuel Florac
    Emmanuel Florac
    2021-10-25

    @gg87@diaspora-fr.org ça vient de loin. J'ai remarqué que beaucoup de profs du primaire et du secondaire ne maîtrisent plus le français...

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  • zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    2021-10-25

    Ecrire « développeur » avec un seul « p »

    Ils n'utilisent pas de correcteur orthographique ? Ni ne vérifie sur le net ? Rho !

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  • zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    2021-10-25

    * ne vérifie*nt*... [oups]

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  • zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    2021-10-25

    un mauvais français dégrade l’image de l’entreprise

    Oui. Je suis bien d'accord là-dessus.
    C'est même un des points qui me permet de vite trier mes spams, et en sortir les phishings et autres arnaques grossières.
    Et tant pis pour l'entreprise qui était pourtant sérieuse et sûre. « N'avait qu'à bien n'écrire ! »

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  • pierrem@diaspora.psyco.fr
    pierrem@diaspora.psyco.fr
    2021-10-25

    Mitterrand a voulu 80% d'une classe d'âge au bac, ce qui a mécaniquement baissé le niveau des licences (donc des futurs profs).
    Ensuite, on ajoute une autre génération par là-dessus (donc des jeunes adultes qui ont eu des profs dont la maîtrise de la langue était déjà défaillante) et le résultat.
    Comment on peut redresser la barre ?
    Mettre le paquet sur l'EdNat, déjà, mais ça ne suffira pas, l'école n'existe pas dans le vide, il y a une société autour qui est de plus en plus une société de l'écrit (c'est vrai) mais pas de la lecture.

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  • zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    zebulon 1ᵉʳ, dit "le maudit"
    2021-10-25

    ping @Nunuche Follette tu vas adorer. Mais lis un peu les trucs au-dessus d'abord, voire tout le post.


    Je vais vous raconter une anecdote rigolote et vraie :

    J'étais au lycée, après le service militaire et un break scolaire de trois ans, en internat à préparer un BAC-F1 -- construction mécanique, qu'on fait généralement après un CAP [renommé depuis BEP, car après la 3ème mais bel et bien un Certificat d'Aptitude Professionnelle] de Dessin Industriel en Construction Mécanique [DICM, "Dess-Duss" pour les intimes].

    Un soir, un copain de classe me demande si je veux bien relire son brouillon de résumé, voir si j'y trouve de grosses erreurs (fautes d'orthographe ou de grammaire, surtout).

    Ce soir-là, on avait un peu fait les guignols et fumé quelques pétards avant l'étude du soir. Et donc, on était un peu bancale.
    Le copain me passe son brouillon. J'y voyais un peu flou, malgré la lumière. Je commence à lire...
    « Oh, merde ! Le saligaud : pas d'points, pas d'virgules, pas d'majuscules. Tout en minuscules et à la suite. Et les fins d'phrases ? Démerde-toi. Super ! » pensè-je.

    Bon. J'me lance, tant bien que mal à déchiffrer son brouillon. J'ai une bonne demi-page comme ça. Et avec une écriture de médecin ou presque -- plus "presque", quand même.
    Donc, je lis. Je lis. Je lis. Jusqu'ici, pas de fautes. Enfin, il me semble. C'est déjà assez dur comme ça, à redécouper les phrases. Ça aide pas [faut pas oublier qu'en plus, j'étais vraiment pas frais].
    Donc, je lis, je lis, je lis. Puis... coup de massue final : « bla bla... gnin gnin... jusque dans la tombe 125 »

    QUOI ????? HEIN ????? O_ô

    Et là, gros coup de bug dans ma tête ! J'ai senti mon cerveau lâcher comme un réveil trop tendu dont le ressort casse et tous les rouages volent dans tous les sens. « Mais qu'est-ce que c'est qu'ce... "binz" ^[1]^ ? ». Je suis resté comme ça à essayer de comprendre le sens de cette dernière phrase qui m'avait envoyé direct en orbite encore plus loin que la Lune. Forcément, mon état physique, pressé comme un citron avec un coup pareil, empire. J'ai les yeux explosés, rouges. Bref, bonjour la repère.
    Discrètement, je lève un peu la tête et je regarde le copain responsable de mes misères : « La "tombe 125" ??? Tu peux m'expliquer, là. Parce que je suis largué, mais larguéééé ! T'as pas idée. C'est quoi c'bordel ?? »
    Et là, il réfléchit deux minutes, un peu largué aussi... Puis il éclate de rire : « Ah ah ! Mais non : c'est le nombre de mots qu'il y a dans mon résumé. Tu sais bien, la prof, elle veut qu'on le mette à la fin, pour pas qu'elle ait à les compter. » [car nos résumés devaient, en gros, faire dans les 10% du texte original].
    « Ah mais, merde, mon salaud ! Déjà, faut retrouver les phrases, que tu mets pas d'points, pas d'majuscules. Et en prime, tu m'colles ton nombre de mots à la fin comme s'il faisait partie de la phrase. Pas d'parenthèses ni rien. La vache tu m'as tué, là ! »
    « Et t'as trouvé des fautes ? »
    « Ben nan ! Enfin, j'crois pas... M'enfin "si". Plein. Tout du long. Zéro séparation de phrases. Voilà !
    Plus jamais, tu m'entends ? Plus jamais, je veux relire tes brouillons tant que tu m'les fais comme ça. Tu m'entends ? Plus jamais !
    Tu m'as ach'vé, là. Ach'vé ! Salopard ! Plus jamais ! Nan ! Plus jamais ! »


    Voilà.
    Donc, depuis, moi, je hurle quand je tombe sur des textes qu'il faut "réparer" pour y comprendre quelque chose.
    Et c'est bien légitime.
    L'horreur, sinon.


    [1] Ça existait pas encore, ce terme, mais c'est bien ça. Un "binz".

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