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    Le Monde, 24 avril / Tribune d'une eurodéputée

    Ukraine : « Ne laissons pas Vladimir Poutine faire de la famine une arme de guerre et de chaos »

    Irène Tolleret, eurodéputée (Renew Europe), souligne dans une tribune au « Monde » que le président russe, Vladimir Poutine, a décidé d’utiliser la famine pour renforcer le chaos créé par la guerre qu’il a lancée contre l’Ukraine. L’aide alimentaire pour l’Ukraine, mais aussi l’Afrique et le Moyen-Orient, est nécessaire. De même faut-il en Europe éviter les égoïsmes nationaux.

    Tribune. Après les images de Boutcha qui marquent le retour de l’horreur la plus totale en Europe ; après la destruction des stocks de blé, le minage des ports ukrainiens et la mise à mal de toutes les infrastructures logistiques d’expédition, Vladimir Poutine ordonne le bombardement des fermes laitières pendant que son ancien premier ministre, et ancien président, Dmitri Medvedev déclare vouloir limiter les exportations de blé russe uniquement vers « les pays amis », ceux qui n’ont pas dénoncé l’agression russe en Ukraine.

    Giuliano da Empoli, écrivain et journaliste italien, disait récemment au micro de France Inter : « Quand vous n’êtes pas assez fort pour imposer votre ordre, vous n’avez pas d’autre choix que d’avoir recours au chaos. » Vladimir Poutine a décidé d’utiliser la famine pour semer chaos, émeutes et violence dans le monde et notamment chez les plus fragiles, très dépendants des céréales russes et ukrainiennes. Nous, européens, nous devons l’empêcher. Comment ?

    Premièrement, nous devons être au rendez-vous de l’aide alimentaire pour les Ukrainiens afin de leur permettre de résister. Puis, à court terme, nous devons éviter la crise alimentaire qui menace, à échéance de quelques mois, certaines parties d’Afrique et du Moyen-Orient, en limitant les tensions sur le marché, en gardant les frontières ouvertes, en continuant à exporter, en évitant le surstockage, en étant transparents sur les stocks, en quelques mots : en empêchant les égoïsmes nationaux de prévaloir.

    Entendre les préoccupations de nos éleveurs

    C’est l’objectif de l’initiative de la Food and Agriculture Resilience Mission, mission de résilience agricole et alimentaire (FARM) lancée par le président de la République, Emmanuel Macron, dans le cadre de la présidence française de l’UE et en partenariat avec les pays du G7.

    Ensuite, nous devons nous préparer à une gestion de crise. Comme nous l’avons fait avec Covax sur les vaccins contre le Covid-19, nous devons mettre en place un mécanisme qui nous permette de répondre avec solidarité à la crise éventuelle à travers une réallocation de denrées alimentaires dans les pays les plus vulnérables.

    Si l’Union européenne n’est pas concernée par le risque de famine grâce à la politique agricole commune (PAC), qui a su lui garantir la sécurité alimentaire, la réponse doit néanmoins être européenne. Il nous faut entendre les préoccupations de nos éleveurs, qui craignent de ne pas réussir à alimenter leur bétail, ainsi que les inquiétudes des ménages qui subissent l’inflation sur les biens de première nécessité.

    Une prise en compte de l’Union européenne

    C’est pourquoi l’Union européenne (UE) a adopté un fonds de crise, qui pourra atteindre 1 500 millions d’euros, ainsi qu’un cadre temporaire de crise en matière d’aides d’Etat permettant aux Etats membres de soutenir les agriculteurs face aux augmentations des coûts de production. L’Union européenne a également décidé, de manière exceptionnelle et limitée dans le temps (un an), d’autoriser une augmentation de la production sur son sol, à travers la mise en culture des jachères (terres cultivables qui sont laissées au repos dans le but de favoriser la biodiversité).

    L’Union européenne a encore une fois fait preuve de réactivité et de flexibilité face à une situation exceptionnelle, mais cela ne signifie pas la remise en cause à plus long terme de la stratégie « Farm to Fork » ([de la ferme à la fourchette] pendant agricole du Pacte vert européen [la feuille de route environnementale de la Commission européenne]). Ce n’est ni la position de la France, ni la position de la Commission, ni la position majoritaire au sein du Parlement européen.

    Le changement climatique reste une réalité et d’ailleurs nos agriculteurs en sont les premières victimes. Cependant, l’Union européenne doit impérativement tirer les leçons de la crise provoquée par la guerre de Poutine en Ukraine, pour elle-même et vis-à-vis des pays voisins les plus affaiblis.

    Le développement du plan protéines végétales

    Comme pour sa politique énergétique, l’Union européenne doit renforcer son indépendance alimentaire. Verdir et décarboner notre agriculture ne doit pas signifier délocalisation de la production et affaiblissement de notre souveraineté alimentaire, ni alimentation à deux vitesses – l’une de qualité pour qui a les moyens, l’autre de moindre qualité pour qui ne peut pas mettre le prix.

    Pour les 27 textes législatifs qui composeront la stratégie « Farm to Fork », une évaluation approfondie de l’impact sur notre souveraineté alimentaire est nécessaire : c’est ce que le Parlement européen a demandé à la Commission. De plus, il est grand temps d’accélérer le développement du plan protéines végétales européen.

    Car nous sommes très dépendants notamment du soja. Accroître la production de protéines végétales dans l’UE peut engendrer non seulement des bénéfices économiques pour les agriculteurs, mais aussi de nombreux avantages environnementaux et climatiques, puisque le soja importé est souvent issu de déforestation et parce que les légumineuses contribuent à la fixation de l’azote de l’atmosphère dans le sol.

    Pour le maintien de la paix dans le monde

    Le développement d’une filière de production d’engrais et notamment d’engrais décarbonés sur le sol européen doit être lancé de toute urgence, comme cela a été fait pour la production de vaccins ou pour les batteries électriques.

    Enfin, l’Union européenne doit être force motrice pour la mise en place d’un grand plan d’investissement pour le renforcement des capacités de production en Afrique et au Moyen-Orient. Nous devons aider les pays trop dépendants des importations de céréales et oléagineux (huile de tournesol notamment) à augmenter leur production nationale et à la diversifier. Manger à sa faim est un facteur-clé pour le maintien de la paix dans le monde, ne laissons pas à Vladimir Poutine le pouvoir d’imposer son chaos.

    Irène Tolleret, eurodéputée (Renew Europe)

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    2022-04-25

    Le Monde, 31 mars / Tribune de spécialistes

    « Prétendre éviter des crises alimentaires en Afrique et au Moyen-Orient en relançant la production agricole européenne serait une erreur »

    Un collectif de scientifiques, membres d’institutions, spécialistes de sécurité alimentaire mondiale et de marchés internationaux explique, dans une tribune au « Monde », que la mise en culture des surfaces européennes dédiées à la biodiversité, qui serait désastreuse sur le plan écologique, n’aurait qu’un rôle très marginal pour pallier la réduction de l’offre mondiale.

    Tribune. La guerre en Ukraine entraîne une hausse des prix du blé, du maïs et des huiles végétales qui menace certains pays fortement importateurs, dans l’est et le sud de la Méditerranée et en Afrique subsaharienne.

    En France et en Europe, la profession agricole et de nombreux responsables politiques allèguent une responsabilité nourricière envers ces pays qui exigerait de relancer la production agricole. Le monde aurait changé et les préoccupations environnementales et sanitaires devraient être mises entre parenthèses au nom de la sécurité alimentaire mondiale.

    Menaces exacerbées

    Ce mot d’ordre de produire plus pour nourrir le monde était déjà réapparu en 2008 puis en 2011 à la suite d’une flambée des prix des céréales. Pourtant, pas plus qu’alors, la planète ne manque aujourd’hui de nourriture. D’après les Nations unies, elle en produit environ un tiers de plus que ses besoins nutritionnels.

    L’excédent est encore plus élevé si l’on ajoute que près de la moitié de la production céréalière est utilisée en alimentation animale, et dans une moindre mesure pour produire des agrocarburants – cela alors que les pays les plus riches surconsomment des produits animaux bien au-delà des besoins nutritionnels, au détriment de la santé et de l’environnement.

    Pourtant, la faim dans le monde augmente depuis cinq ans, changement de tendance historique après des décennies d’une trop lente diminution. La planète n’a jamais produit autant par personne, mais 700 à 800 millions de personnes sont trop pauvres pour accéder à des moyens de se nourrir ou ont dû fuir des crises climatiques ou politiques.

    Le mot d’ordre, aujourd’hui, est qu’il faudrait augmenter la production agricole européenne parce que le monde a changé depuis que la guerre est aux portes de l’Europe. Mais le monde avait déjà changé avant cette guerre. Cette production, telle qu’elle est pratiquée, exacerbe différentes menaces : la biodiversité s’effondre, le changement climatique s’accélère, les pollutions (engrais, pesticides, plastique) s’aggravent, la nutrition et la santé se dégradent.

    Fuite en avant

    Ces menaces, un temps contestées pour protéger les intérêts de ceux qui y contribuent, sont désormais largement prouvées et connues. En mettant au jour la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles importées, la guerre confirme l’absurdité de vouloir relancer l’agriculture industrielle. Car celle-ci est totalement dépendante du pétrole et du gaz naturel pour fabriquer ses intrants (pesticides, engrais, carburants) dont elle ne peut pas se passer, et du soja importé pour l’alimentation animale. Les inquiétudes générées par la flambée du prix de l’engrais azoté sont là pour nous le rappeler.

    Dans ce contexte, prétendre éviter des crises alimentaires en Afrique et au Moyen-Orient en relançant la production agricole européenne serait une erreur. L’heure ne peut plus être à la fuite en avant, dans un monde qui produit déjà trop. Une erreur, car la mise en culture des surfaces européennes dédiées à la biodiversité, qui serait désastreuse sur le plan écologique, n’aurait qu’un rôle très marginal pour pallier la réduction de l’offre mondiale.

    Des volumes bien plus importants pourraient être dégagés par des politiques visant à réduire les productions animales et les agrocarburants basés sur l’utilisation de céréales et d’oléagineux, tout en diminuant la pression sur les ressources et les milieux.

    Un seul exemple : la politique contestée de l’Europe conduit à utiliser 11 millions de tonnes d’huile végétale en agrocarburants, alors que l’Ukraine en exportait 6 millions de tonnes ! Une erreur, car l’Europe peut agir autrement pour aider les pays vulnérables face à la flambée des prix alimentaires sur les marchés internationaux : en soutenant les dispositifs d’appui à la sécurité alimentaire gérés par le Programme alimentaire mondial (PAM) ; en finançant les filets de sécurité sociale existants dans ces pays.

    Riz, maïs, sorgho, manioc, igname

    A terme, l’enjeu pour ces pays importateurs de produits alimentaires est plutôt de diversifier l’alimentation de base et de réduire la dépendance aux importations, en développant leurs productions là où c’est possible à un coût économique et environnemental raisonnable. Toute l’Afrique, même ses villes, ne se nourrit pas massivement d’importations de blé, comme le laissent entendre certains discours, mais d’abord de ses productions de riz, maïs, sorgho, manioc, igname, etc., qui ont connu de fortes augmentations, là où justement le recours aux importations a été limité.

    Depuis quelques mois, et bien avant la guerre en Ukraine, les défenseurs de la production agricole industrielle cherchent tous les prétextes pour remettre en cause la stratégie « de la ferme à la fourchette », volet agricole du Pacte vert pour l’Europe. Cette stratégie a été ignorée dans la reformulation de la politique agricole commune (PAC). Brandir la diminution de la production agricole européenne qui pourrait résulter de cette stratégie, c’est reprendre à son compte les argumentaires de ces lobbys, sans mettre en avant les coûts sanitaires et environnementaux considérables d’un renoncement à l’ambition de verdissement de l’agriculture.

    Pourtant, d’autres études montrent qu’une véritable agroécologie européenne est possible, par une reconception des systèmes de production valorisant les services des écosystèmes et des changements des modes de consommation alimentaire. Agiter le spectre de famines en Afrique est un bon moyen de détourner l’attention des risques d’une accélération de la crise au bénéfice d’une poignée de gagnants.

    Alors qu’elle assure la présidence du Conseil européen, la France, grand pays agricole, peut aider à relever ce défi : celui de repenser son alimentation, qui nous relie à nous-même, aux autres et à la biosphère, dans un monde qui change. Elle peut pousser à des changements de politique agricole et alimentaire pour accompagner la transition du système alimentaire européen, plus que jamais urgente, vers plus d’agroécologie et de sobriété.


    Premiers signataires : Nicolas Bricas, socioéconomiste, titulaire de la chaire Unesco Alimentations du monde, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ; Jean-Christophe Bureau, professeur d’économie, AgroParisTech ; Benoit Daviron, économiste, Cirad ; Marion Desquilbet, économiste, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et Toulouse School of Economics ; Sandrine Dury, économiste, Cirad ; Franck Galtier, économiste, Cirad ; Olivier De Schutter, coprésident d’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES-Food).

    Liste complète des signataires ici

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    2022-04-25

    article en accès libre ++

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/04/01/l-enjeu-est-d-augmenter-la-production-agricole-en-afrique_6120088_3244.html

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    2022-04-25

    Le Monde, 25 mars / Tribune d'un spécialiste culinaire

    « Pour conjurer insécurité alimentaire et crises sociales, les pays africains doivent explorer la piste des farines locales »

    Tribune. L’augmentation du prix du pain peut conduire à la déstabilisation d’un pays. Il n’existe, a priori, aucun lien direct mais il faut reconnaître que la hausse du prix des denrées dites de première nécessité fait courir le risque d’un choc social chez les couches les plus défavorisées, notamment dans les pays pauvres du monde.

    En Afrique, par exemple, de nouvelles « émeutes de la faim », après celles de 2008, pourraient menacer les pouvoirs en place, voire les renverser. A l’inverse, la bouche qui mange ne parle pas. Aussi, les Etats intègrent-ils des outils pour maîtriser les prix de vente de certains produits alimentaires de base tels que le riz, la farine, le lait, le sucre ou l’huile.

    On consacre une attention particulière au pain fait à base de farine (de blé), qui constitue, depuis plusieurs décennies, l’une des principales composantes des rations alimentaires de nombreuses populations. Dans la rue et sous les chaumières, le pain se décline sous toutes les formes : associé à la viande, au poisson, aux œufs durs ou frits, à l’avocat, au miel, aux tartines, aux sauces ou encore aux salades. Le pain est omniprésent et le « pain chargé » est devenu une institution telle, au Cameroun par exemple, qu’on oublierait presque que la culture du blé est peu répandue en Afrique.

    Si cette guerre a des conséquences majeures sur l’ensemble des pays du monde, c’est en Afrique que la situation pourrait être la plus critique. Surtout en Afrique du Nord, qui est la zone qui importe le plus de blé au monde. Face à cette énième flambée des prix, l’Egypte et la Tunisie se battent pour constituer leurs stocks tandis que le Nigeria et la Côte d’Ivoire interdisent l’exportation des céréales locales.

    Pour conjurer l’insécurité alimentaire qui s’annonce et les crises sociales que les hausses de prix pourraient engendrer, les pays africains doivent explorer la piste du pain enrichi aux farines locales à base de millet, de sorgho, de teff, de fonio, de maïs, de patate, de manioc ou encore de plantain. Cette approche devrait à la fois réduire les importations de blé et valoriser les produits locaux.

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