• Emmanuel Florac
    Emmanuel Florac
    2022-10-19

    Nantes : après le meurtre d'une femme, des jeunes créent leur "milice de quartier" Justice privée Par Emilien Hertement et Jean-Loup Adenor

    Publié le 18/10/2022 à 19:23

    Après le meurtre d’une mère de famille, plusieurs dizaines de jeunes du quartier de Bellevue, à Nantes, ont décidé de mener leur propre enquête pour retrouver l'agresseur. Certains ne se sont pas arrêtés là. Ce 17 octobre, des dizaines d’hommes se sont rassemblés pour former une véritable « milice de quartier » et ont déambulé une partie de la soirée dans le centre-ville.

    À Nantes (Loire-Atlantique), le sentiment d’impuissance face aux multiples actes de violences commis ces dernières semaines vient de franchir un cap. L’élément déclencheur ? Le meurtre, dimanche 16 octobre, de Nadia Hassade, une femme de 47 ans qui résidait dans le quartier sensible de Bellevue, défavorablement réputé.

    Selon les premiers éléments de l’enquête, l’attaque à l’arme blanche s’est produite aux alentours de 6 h 30 alors que cette femme de ménage se rendait à l'arrêt de bus pour aller travailler dans un établissement de santé. L’assaillant a réussi à prendre la fuite. A leur arrivée, les pompiers n’ont pas pu la réanimer. Ce lundi 17 octobre, l’autopsie « a mis en évidence la présence de 23 plaies, dont certaines mortelles, en particulier au niveau du cou », précise le procureur de la République, Renaud Gaudel, à l’AFP.

    Une enquête parallèle

    Toujours selon le parquet, un homme âgé de 21 ans et vivant près du domicile de la victime avait été placé en garde à vue. Or, selon les informations de Ouest-France, cette personne a été retrouvée grâce à la mobilisation de l’entourage de la victime. L’annonce de la mort de cette mère de quatre enfants avait suscité un vif émoi dans le quartier, dont une partie s’est mobilisée pour enquêter et retrouver le meurtrier, en parallèle des investigations ouvertes par le procureur. « Nous étions quatre-vingts à cent personnes à travailler toute la nuit pour retrouver le meurtrier de ma sœur », explique le frère de la victime au quotidien local.

    Après avoir récupéré les images de vidéosurveillance d’une entreprise, ils ont repéré un véhicule avec un enjoliveur cassé, qu’ils ont ensuite retrouvé dans une rue voisine. Ils ont alors frappé à la porte du propriétaire avant d’alerter la police. « C’est bien plus simple pour eux d’enquêter et bien plus rapide, ils ont mis les moyens et les effectifs reconnaît une source policière nantaise auprès de Marianne. Nous, on doit respecter les règles de procédure. Dans la cité, les habitants sont peu enclins à nous parler. Ils sont immédiatement considérés comme des balances. » Et de préciser : « Au contraire, il est très mal vu de ne pas donner d’informations aux personnes du quartier… Ça peut même vous valoir des représailles. Là, les frères de la victime étaient connus dans la cité, les enfants aussi, c’est même surprenant que celui qu’ils ont retrouvé n’ait pas été lynché sur place. »

    « Les jeunes hommes du quartier sont à cran et veulent se faire justice eux-mêmes malgré nos appels au calme et à la retenue ! Nous exigeons que la justice nantaise fasse de cette affaire une priorité locale », peut-on lire sur la page Facebook d'un club de boxe anglaise du quartier, en soutien à la famille de la victime. Pour « faire justice », un groupe Snapchat baptisé « Blvsecour » a été créé sur l'application ce lundi. Les créateurs y appellent à la fondation d’une « milice de quartier » dont « le but n’est pas de faire justice soi-même mais de dissuader les malfaiteurs », selon un premier message.

    Une « milice de quartier »

    Dans le contexte d'insécurité nantaise médiatisé depuis plusieurs mois, ces jeunes de Bellevue ont entrepris de patrouiller dans la ville. Plusieurs dizaines d'hommes encapuchonnés se sont retrouvés sur la place du marché de Bellevue lundi soir et ont déambulé dans les rues, comme en témoigne une série de vidéos diffusées sur Snapchat. « À un moment donné, il faut se poser la question de la responsabilité de l’État et de la mairie. On ne peut pas faire leur sale boulot, parce que c’est ce qu’ils attendent de nous aussi. Ils veulent qu’on y aille, qu’on fasse leur sale taff. Ce n’est pas possible, si vous voulez faire quelque chose, peu importe ce que vous voulez faire, il faut donner un message derrière ça, mais une action sans revendication c’est de la barbarie ça ne sert à rien du tout, lance un homme aux participants rassemblés devant lui. Peut être que nous, on va faire du sale, et c’est nous qui, au final, allons faire du placard, et pas eux. C’est ce qu’ils attendent. Alors pourquoi pas faire des rondes, des actions dans notre quartier pour assurer la sécurité sans violence, prendre le tram, aller en ville. » Capture d'écran des règles de la milice de quartier diffusées sur Snapchat DR / Snapchat

    Dans les vidéos qui défilent en « story » – des publications éphémères qui disparaissent automatiquement au bout de 24 heures – celui qui semble être le chef de file de l'assemblée explique : « Il faut réfléchir, oui pour faire des actions, se concerter avec les autres mecs des quartiers pour zoner, qu'ils prennent leur responsabilité. » La vidéo suivante, qui montre un groupe d'hommes de dos écoutant un discours, comporte cette légende : « On va discuter avec les habitants prendre le temps de tous vous connaître et ceux qui sont suspects on va vous demander gentiment de ne plus rester ici… » Sur la vidéo suivante, on distingue un rassemblement devant un arrêt de tram de la place Pierre Mendès-France, connu pour abriter de nombreux points de ventes de drogue.

    « J’essaye de répondre à tout le monde mais on a énormément de messages. Notamment des personnes du centre-ville qui se plaignent de l’insécurité là-bas ! Du coup… On va en ville pour sensibiliser les squatteurs de la ville », lit-on dans la légende qui accompagne la vidéo de ce groupe d'hommes en train de défiler à côté de l'arrêt de tram Médiathèque François Mitterrand. Les jeunes déambulent ensuite dans le centre-ville et prennent la direction de la place du Commerce, une artère où les groupes de jeunes parlent avec les passants. « On est là pour régler les problèmes d’insécurité, mais on n’agresse personne, c’est la ligue des justiciers, on sensibilise » entend-on dans la vidéo.

    « S'il faut, on reviendra pacifiquement »

    À la fin de la déambulation, l'homme qui avait pris la parole au début de l'action se lance dans une autre tirade : « On voulait faire passer un message pacifique ce soir, on est descendu de Bellevue pacifiquement, ils n’ont pas l’habitude. (...) C’est bien beau de nous envoyer les CRS comme si on était un corps étranger dans ce pays, mais nous aussi ça nous intéresse les problèmes d’insécurité, des familles que l’on connaît se font agresser. Pour ceux qui vont dire qu’on a fait des troubles, ce n’est pas vrai. », conclut l’homme avant de se faire applaudir par le groupe.

    À LIRE AUSSI : "Ils jouent à la guerre" : nouveaux incidents devant le lycée Joliot-Curie de Nanterre

    Ce mardi matin, une vidéo réalisée sur la place Pierre Mendès-France dresse le bilan : « Assalamu alaykum, je fais ce snap pour vous expliquer que nous avons des centaines de messages et des milliers d’ajouts, nous ne pouvons pas répondre à tout le monde, c’est trop compliqué. L’objectif de ce snap est de prévenir les différentes agressions ou problèmes qui se passent autour de la ville. Nous vous demandons, en cas d’extrême urgence, de nous appeler directement, nous allons poster un numéro de téléphone, inshallah, pour que vous puissiez nous contacter et parler de votre situation. » L’homme annonce également la création d’un numéro où une femme sera chargée de répondre pour « celles qui se sentent gêner de parler de situations intimes, puissent échanger directement sans complexe. Que Dieu vous protège et soyons unis mes frères et sœurs ». ​​​​​À 15 h 30, le groupe « blvsecour », prévoyait déjà d’autres rondes ce mardi soir.

    Interrogée par Marianne, une source policière s'inquiète de ces « milices » : « Ces patrouilles sont dangereuses. Sur quels critères vont-ils se baser pour juger si une personne est dangereuse ou non ? Une personne qui n’est pas du quartier ou qui aura un comportement bizarre à leurs yeux ? Le risque c’est l’arbitraire et la sanction expéditive. » Contactés, ni la mairie, ni les créateurs du compte « blvsecour » n’ont pour le moment répondu à nos sollicitations.

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  • Laurent Nours
    Laurent Nours
    2022-10-19

    @Emmanuel Florac
    [Avec le démantèlement de tous les services publics, voilà la suite logique…]
    #NéoFéodalisme

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  • Roland
    Roland
    2022-10-19

    Soyons un peu positif, le grand remplacement doit aussi commencer à prendre en charge la police dans ses quartiers.

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  • eyome
    eyome
    2022-10-19

    Ca va bien se passer.

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  • pal
    pal
    2022-10-20

    Dans tous les systèmes fascistes de l'histoire, les jeunes de bourgeois (dans le sens de propriétaires immobiliers) se mobilisent en milice et rodent dans les quartiers pour faire leur propre police et se font justice
    Les milices commencent à se créer dans beaucoup de grandes villes...
    La multiplication de ces milices en France de 2022 indique dans quel genre de société nous sommes...

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  • Fifi Brindacier
    Fifi Brindacier
    2022-10-20

    Ça me fait penser à ce vieux proverbe chinois, "Qui déplace des montagnes déplace aussi des vallées".
    Ah non, après vérif, c'est dans Nietzsche : "Ô Zarathoustra, qui a des montagnes à déplacer, déplace aussi des vallées et des bas-fonds".

    Bref. Pour parler d'autonomie et de prises d'initiatives, de se prendre en charge... Il y a beaucoup de cas de figure où il vaudrait mieux cesser d'attendre du gouvernement qu'il agisse. Si possible équitablement et intelligemment.
    Là, dans une question de justice et de sécurité, ailleurs pour d'autres questions comme l'écologie, les acquis sociaux...
    Mais, oui, pour en revenir au dernier paragraphe de l'article sur Marianne (et merci pour l'avoir rendu lisible), l'artibitraire et la subjectivité sont des risques possibles.
    Choix cornéliens. Agir, ou ne pas agir...

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  • eyome
    eyome
    2022-10-20

    Quand on dit que la police tue, il faut se réjouir de ne plus en avoir ; moins de meurtres.

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  • Roland
    Roland
    2022-10-24

    Finalement la milice islamiste (pas bourgeoise pour ceux qui avait lu l'article et l'enjeu) a chopé le coupable, mais la gauche n'en parlera pas, son patronyme de Venkatesh Chanemougame n’intéressent pas les non anti-racistes sélectifs qui se seraient délécté d'un crime islamophobe commi par un jean-eudes, fut il chasseur et catholique. Pourtant ils ont deja récupéré la mort de Madame Nadia Hassade dans leur communication pour censurer l'affaire Lola. ils ne parleront pas non plus du viol en pleine rue à marseille hier, par un algérien en OQTF. La douce folie qui balaye le mal sous le tapis.

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